JDD : Cet été plusieurs crises ont éclatées, les subprimes, la guerre en Ossétie etc… Pensez vous que nous nous dirigeons vers une crise grave ?
RM : La crise des subprimes remonte à 2007, c’est l’onde de choc qui n’est arrivée en Europe que cet été,
contrairement à ce que l’on peut entendre ici et là. Grâce à l’Euro fort nous
avons pour l’instant retardé les conséquences et, je l’espère, diminué son influence sur nos économies. Il faut bien faire
la différence entre une crise financière (ce qui est pour l’instant le cas) et une crise économique qui pourrait être beaucoup plus grave pour la terre entière. Les banques centrales sont
intervenues de façon très rapide et importante sur les marchés européens et donc ont limitées la casse. Les
conséquences seront minimes pour nos économies et dans un an on n’en parlera plus ; en revanche pour les
américains cela risque d’être différent.
JJD : C'est-à-dire ?
RM : Les Etats-Unis vont souffrir d’une grave crise de crédibilité, leur économie ultra libérale a montré ses limites, donc les donneurs de leçons vont se montrer plus discrets. Le plan de
sauvetage de la bourse voulue par Bush est tout sauf ultra libéral, réinjecter autant d’argent public pour sauver certaines banques privées, montre la
faillite de ce système américain. 150 000 pertes d’emplois rien que pour le mois de septembre, des milliers de
personnes retraitées qui ne toucheront pas leurs pensions, c’est dramatique pour ce pays. Mais le FMI se trouve discrédité aussi en finançant en partie le rachat des institutions de crédit
et des grandes banques alors que sa politique dans les pays en voie de développement consistait jusqu'à présent à
mettre comme condition la fermeture de ces canards boiteux.
JJD : Vous pensez que l’Europe va sortir renforcée ?
RM : Bien sûr, nous sommes en train d’assister au déclin de l’empire américain. La question est de savoir si le prochain poids lourd sera l’Europe, avec sa monnaie forte ou la
Chine ou l’Inde ? Ce sont toute les institutions sous influence américaine qui vont être discréditées ; l’importance des Etats-Unis n’est plus ce qu’elle était, y
compris en ce qui concerne leur économie et leur monnaie. Cela me fait doucement rigoler quand on voit le
Président français réclamer une baisse des taux d’intérêts alors que la victoire dépend uniquement de notre monnaie ! L’Europe à toujours servi d’exutoire pour les politiques français, il serait temps qu’ils changent de comportement.
JJD : La guerre aux portes de l’Europe ?
RM : La guerre en Ossétie à bien montré que la politique américaine d’expansion fut très mauvaise pour nous
Européens, et ce quel que soit le gouvernement en
place, qu’il soit démocrate ou républicain. Rappelons-nous que l’arrivée d’Al Quaïda est une conséquence de la
tentative d’expansion en Afrique voulue par Clinton pour accroître ses zones d’influences en vue de contrer l’arrivée de l’Euro. La politique de l’Otan qui
consiste à humilier les Russes
a fini par révolter ces derniers en provoquant cette entrée en guerre. Ce qui me fait dire que pour une fois je suis
d’accord avec le Président de la République lorsqu’il souhaite que la France réintègre l’Otan (pour tenter de peser face à la politique américaine et
uniquement si elle se trouve être en faveur de l’Europe). Son action en temps que Président de l’Union européenne fut couronnée de succès et a redonné à l’Europe le
pouvoir d’initiative diplomatique dans sa zone d’influence.
JJD : On sent que la politique internationale c’est votre dada.
RM : J’ai travaillé au Parlement Européen et j’espère y retourner assez vite car la géopolitique est ce que je
trouve de plus intéressant en effet. Aujourd’hui beaucoup de décisions sont prises en fonction de cela, pour ne pas dire l’essentiel des décisions. En géopolitique interviennent l’histoire, la géographie, les ressources naturelles, la sociologie bref c’est LA science qui permet de comprendre le mieux le monde
dans lequel nous évoluons. C’est très complexe, voire parfois incompréhensible, mais ça nous pousse à nous surpasser. C’est grâce à
(cause de) cela qu’on peut comprendre la
responsabilité des Américains dans cette guerre sans faire pour autant de l’antiaméricanisme primaire.
JJD : Vous trouvez que Sarkozy redore le blason de la France sur la scène internationale ?
RM : Je trouve qu’il a enfin trouvé son rythme de croisière et une stature importante. Après quelques gaffes au début, il a un rôle actif et est présent surtout depuis qu’il exerce la présidence de l’union européenne, ce qui tombe à pic pour lui. Il ne faut pas oublier que l’image qu’ont de lui les étrangers n’est pas la même que celle que nous avons en France. Pour le reste du monde il
apparaît comme un libéral très modéré, presque de centre gauche, alors qu’à l’intérieur il a plutôt l’image d’un ultra
libéral. Tout est relatif.
JJD : Sarkozy est donc un bon président pour vous ?
RM : Je n’ai pas dit cela ! Je dis juste qu’il a redoré le blason de la France à l’étranger par sa présence et son action. Il faut comparer cela aussi par rapport aux comportements de
ses prédécesseurs qui étaient plutôt absents.
La suite demain…